Association de Recherche
Pédagogique ORGANISÉ PAR LE
MINISTÈRE FRANÇAIS DE LA JEUNESSE,
DE L'ÉDUCATION NATIONALE ET
DE LA RECHERCHE (août 2003) * * * Parmi les principales
réformes exposées dans l'ouvrage du
Ministère de l'Éducation Nationale " LETTRE A
TOUS CEUX QUI AIMENT L'ECOLE " deux points retiennent plus
particulièrement notre attention : . LA PREVENTION DE
L'ILLETTRISME . L'AMÉLIORATION
DE LA FORMATION DES MAÎTRES 1 . LA " PREVENTION " DE
L'ILLETTRISME Nul ne peut contester que
l'illettrisme est véritablement " un scandale "
[1] surtout à l'aube du XXIe siècle
qui "aura de plus en plus besoin de gens travaillant avec
leur cerveau et de moins en moins d'hommes et de femmes ne
pouvant offrir que la seule force de leurs bras"
[2]. Le diagnostic
établi est réaliste et le constat
particulièrement accablant : " Selon les
années, ce sont entre 21 et 42 % des
élèves qui, au début du cycle 3
(entrée en CE2) paraissent ne pas maîtriser le
niveau minimal des compétences dites de base en
lecture ou en calcul ou dans les deux domaines. Ils sont
entre 21 et 35 % à l'entrée au collège
" [3]. Or, dans l'Avant-Propos de
l'ouvrage il est suggéré de "
Prévenir l'illettrisme en commençant
dès le cours préparatoire,
.." Vouloir " prévenir "
l'illettrisme avant que les difficultés soient
avérées est une excellente chose, mais
commencer au CP est manifestement tardif. Si l'on veut
réellement aborder la lutte contre ce
véritable fléau social en terme de
réelle " prévention " c'est bien avant qu'il
faut entamer le combat. Dans un rapport
rédigé en 1989 à la demande de l'un de
vos prédécesseurs Monsieur Michel MIGEON ,
alors Recteur d'Académie, soulignait en effet fort
justement qu' "il a été vérifié
que les enfants qui réussissent bien au CP sont
ceux qui y terminent leur apprentissage de la
lecture ..." [4] 1.1 - "
PRÉVENIR " VÉRITABLEMENT L'ILLETTRISME, C'EST
POSSIBLE ! Parmi les multiples mesures
étudiées ou mises en application depuis de
nombreuses années pour tenter de " lutter contre
l'illettrisme ", il est en effet une voie qui n'a
été que peu explorée :
l'apprentissage plus précoce de la
lecture. Deux théories
s'affrontent en effet en ce qui concerne l'âge
à partir duquel peut débuter cet apprentissage
: . Il y a ceux qui
pensent qu'avant l'âge de 6/7 ans l'enfant ne
possède pas la maturité d'esprit
nécessaire. Certains psychologues
affirment encore aujourd'hui que "pour apprendre à
lire l'enfant doit avoir un âge mental d'au moins . D'autres enfin,
chercheurs et pédagogues, plaident au contraire en
faveur d'un apprentissage plus précoce car,
disent-ils : Or, dans les multiples
débats, colloques, ou rapports, concernant
l'illettrisme, extrêmement rares sont les intervenants
qui évoquent clairement une éventuelle
anticipation de l'apprentissage de la lecture comme
remède possible à ce fléau
[6]. Bien au contraire, certains
"experts" récusent formellement cette
démarche. De plus, dans la plupart des
cas, les mesures de lutte contre l'illettrisme ne concernent
que le rattrapage ou le soutien scolaire et ne sont
appliquées qu'à l'école
élémentaire (à partir du Cours
Préparatoire) ou, ce qui est plus grave, qu'au niveau
du collège, c'est-à-dire lorsqu'il est
déjà largement trop tard ! Certes, il est toujours
souhaitable de tenter de réparer les
dégâts, et ceux qui se consacrent à
cette noble tâche ont beaucoup de mérite, mais
ne vaudrait-il pas mieux essayer de véritablement
"prévenir" plutôt que s'efforcer
péniblement de tenter de 1.2 - L'APPRENTISSAGE
NATUREL DE LA LECTURE DÈS LA PETITE ENFANCE : UNE
ERREUR, OU UNE CHANCE ? 1.2.1 - La
théorie selon laquelle l'enfant de moins de 5 ans ne
possède pas la maturité d'esprit
nécessaire pour apprendre à lire ne
résiste pas à l'analyse. En
réalité le jeune enfant peut (sauf cas
pathologique) apprendre à lire comme il apprend
à parler : de manière naturelle, par une
interaction continue avec son environnement, mais
à la condition qu'on lui en donne
l'occasion. Parler à son
bébé, même s'il ne parle pas encore,
semble depuis la nuit des temps tout naturel. En effet quel parent digne
de ce nom pourrait accepter de ne pas parler à son
nouveau-né sous le prétexte que son
défaut de maturité ne lui permet pas de
comprendre les mots qu'il entend ? Sauf dans le cas dramatique
de la surdité le tout jeune enfant est donc,
dès sa naissance, confronté au langage oral,
paroles qui lui sont pourtant totalement inconnues. Puis, un
beau jour, par on ne sait quelle alchimie
mystérieuse, il prononce enfin son premier mot (la
plupart du temps "papa", ou "maman") maladroitement d'abord,
puis de plus en plus clairement, à la plus grande
joie de son entourage familial. Or, les adversaires des
apprentissages précoces ne s'offusquent pas de cette
situation. C'est donc qu'elle leur
paraît naturelle et nécessaire, et qu'ils
admettent qu'elle ne traumatise pas les enfants. Pourquoi refusent-ils alors
de considérer qu'il en est de même pour la
plupart des autres apprentissages fondamentaux, comme la
lecture par exemple ? 1.2.2 - Quand, en
1965, parut la première édition
française du livre du Docteur Glenn DOMAN "J'apprends
à lire à mon bébé", les
réactions furent fort diverses et parfois même
violentes. Certains crièrent au
scandale. D'autres, prenant l'auteur pour un plaisantin ou
un farfelu, considérèrent l'ouvrage comme une
facétie et n'en tinrent pas compte. Mais une troisième
catégorie de personnes - bien rares au début,
il faut bien le dire - prirent l'ouvrage au sérieux,
l'analysèrent avec attention, et certains même
essayèrent la méthode. Quelle ne fut pas leur
surprise de constater qu'un tout jeune enfant (4 ans? 3 ans?
avant même?) pouvait parfaitement apprendre à
lire comme il apprend à parler, sans traumatisme,
avec facilité et plaisir, sans qu'il soit
indispensable d'attendre l'âge fatidique de 6 ans,
l'âge de la "grande école". En fait les travaux de Glenn
DOMAN et de son équipe pluridisciplinaire ne
faisaient que confirmer les recherches de certains
scientifiques, comme par exemple le Docteur Paul CHAUCHARD,
éminent neuro-physiologiste français, ancien
Directeur de recherches à l'Ecole des Hautes Etudes
de Paris, lequel, approfondissant et complétant les
résultats des travaux de PAVLOV, a
développé et expliqué clairement dans
un ouvrage de vulgarisation scientifique publié en
1960 les résultats de 30 années de recherches
sur le développement et le fonctionnement du cerveau
humain [7] De plus, on sait maintenant
que l'idée de l'apprentissage précoce de la
lecture n'est pas nouvelle. Dans un ouvrage
publié en 1999 [8] l'éminente
psycho-linguiste suédoise Ragnhild SÖDERBERGH
relate sa découverte en 1983, à la
Bibliothèque Royale de Stockholm, d'un petit ouvrage
publié en 1800 ( ! ) par un ecclésiastique
nommé Israël Gustaf Wänman et
intitulé "Un cadeau de Noël par Cadmus, ou le
moyen le plus facile pour apprendre à lire à
un petit enfant". Son approche proposait
déjà d'utiliser des "cartes de lecture" pour
initier au langage écrit (la littératie) de
tout jeunes enfants qui commençaient à peine
à parler. Elle est connue des éducateurs
suédois actuels, qui l'appliquent avec succès,
et ont pris l'habitude de la nommer "Méthode
Cadmus". 1.2.3 - En France,
quelques pédagogues expérimentèrent
cette théorie sur le terrain, en l'adaptant et en la
perfectionnant, et en tirèrent un certain nombre
d'enseignements. A noter d'ailleurs que,
bien que s'en étant inspirée, la plupart de
ces chercheurs s'est progressivement éloignée
de la démarche de DOMAN, considérée
à juste titre comme " anti-naturelle
". . Rachel COHEN, par
exemple, institutrice d'école maternelle dans un
quartier populaire de Paris au cours des années 70,
mit en application la théorie de l'apprentissage
précoce de la lecture avec les enfants - dont
beaucoup ne parlaient même pas le français -
qui lui étaient confiés. Elle se rendit alors compte
avec surprise que ces enfants apprenaient à lire en
même temps qu'ils apprenaient à parler notre
langue. Intriguée par cette
constatation elle poursuivit ses études en Sciences
de l'éducation, où les professeurs lui
serinaient à longueur de journée que : "Les
enfants ne peuvent pas lire avant 6 ans car ils ne sont pas
assez matures !" (sic) alors qu'elle s'était rendu
compte sur le terrain que cette opinion est
entièrement fausse. Parallèlement, elle
put compléter ses recherches à l'Ecole Active
Bilingue, Ecole Internationale de Paris, qu'elle dirigea
pendant 10 ans, et où elle a accueilli 2000
élèves de 3 à 18 ans,
représentant plus de 30 nationalités
différentes. Devenue par la suite Docteur
d'Etat en Sciences de l'Education elle exerça
à l'Université de Paris-Nord, jusqu'en 1992 ,
les fonctions d'Ingénieur de Recherche. Pendant toutes ces
années, elle a poursuivi ses actions et ses travaux
sur la cognition, ponctués par la publication de
nombreux ouvrages, largement diffusés tant en France
qu'à l'étranger [9]. Elle a dédié
toute sa vie professionnelle à comprendre et
développer les potentialités latentes chez
tous les jeunes enfants, sans distinction de milieu
socio-économique, nationalité, langue
maternelle, dans une perspective permanente de
prévention de l'échec scolaire et de
l'illettrisme. Convaincue des immenses
possibilités des tout petits, elle a
expérimenté avec succès les effets des
apprentissages les plus divers : langue seconde,
bilinguisme, concepts mathématiques, et surtout
découverte du langage écrit bien avant
l'âge de 6 ans. 1.2.4 - Toujours en
France, d'autres chercheurs, également convaincus de
la validité de cette théorie, entreprirent
d'approfondir leurs connaissances de la psychologie de
l'enfant et d'étudier les résultats d'une
anticipation de l'apprentissage de la lecture. . Jeanine COUGNENC,
elle aussi institutrice dans une école
élémentaire du sud de la France, puis
directrice d'école maternelle, s'est
passionnée pour l'enseignement de la lecture. En
liaison avec François RICHAUDEAU, spécialiste,
unanimement reconnu, de "l'acte de lire", elle a mis au
point et appliqué une pédagogie de la lecture
originale et particulièrement novatrice,
préparant ainsi ses petits élèves
à aborder dans les meilleures conditions le Cours
Préparatoire. Elle a publié depuis
une vingtaine d'années de nombreux ouvrages de
pédagogie de la lecture [10]. Collaboratrice
des revues pédagogiques " La Classe " et " La Classe
Maternelle " de 1991 à 1994, les exercices qu'elle a
mis au point sont appliqués depuis lors par des
enseignants (tes) de quelques écoles maternelles
françaises (trop rares, hélas !). Pour plus d'informations sur
ses recherches, site Internet : <http://jeanine.cougnenc.free.fr> . Françoise
BOULANGER, psychologue de formation, a de son
côté également exploré cette voie
avec succès. Tirant un certain nombre
d'enseignements de ses expériences personnelles (elle
a suivi plus d'un millier d'enfants depuis 20 ans et
collaboré notamment avec l'association ATD-Quart
Monde dans sa lutte contre l'analphabétisme) elle a
publié le résultat de ses recherches
[11] et préconise aussi de faire
débuter les enfants dans l'apprentissage naturel du
langage écrit dès la petite enfance.
Elle est actuellement
formatrice intervenante en formation continue pour
enseignants maternelle-CP sur deux départements de
l'Ouest ( I.F.P.) et formatrice intervenante dans
l'Education Nationale (formation continue également)
en région parisienne et dans l'ouest. Elle est par
ailleurs intervenante régulière dans un des
plus grands organismes de formation de l'éducation
spécialisée pour déficients
intellectuels enfants et adultes, où elle anime des
stages d'une semaine chaque fois. Stagiaires: instituteurs
spécialisés, éducateurs
spécialisés, orthophonistes,
psychologues. Site Internet :
<http
://www.lebonheurdelire.org> 1.3 - DES
EXPÉRIENCES POSITIVES La valeur de cette approche
est remarquablement confirmée par de nombreuses
expériences menées avec succès. En
voici quelques-unes, à titre d'exemples : 1.3.1 - De 1981
à 1985, en collaboration avec Hélène
GILABERT - ancienne institutrice, elle aussi,
d'école maternelle, aujourd'hui Docteur en
Psychologie Clinique, spécialiste de l'école
maternelle, Inspectrice d'Académie, Inspectrice
Pédagogique Régionale - Rachel COHEN a
co-dirigé à l'école maternelle de la
Montjoie , à la Plaine-Saint-Denis, une
expérience dont les résultats furent
particulièrement probants, le taux d'échec en
lecture au cours préparatoire ayant été
réduit de 75% à 20% ! [12] Dès la classe de "
Petite Section " les enfants reçoivent des mots qui
leur sont affectivement chers, écrits en gros
caractères sur des " cartes de lecture ". Ils les
mémorisent rapidement et font peu à peu des
remarques sur des similitudes. Un dialogue fructueux sur "
l'écrit " s'installe alors avec l'adulte et, si
l'enfant est valorisé, s'il est encouragé dans
ses découvertes il s'intéressera à
d'autres écrits qui l'entourent, tant à
l'école qu'à la maison ou dans la
rue. Les enfants qui
découvrent par eux-mêmes le " mécanisme
de lecture " grâce à cette interaction avec
l'adulte, progressent rapidement, font preuve d'une plus
grande capacité d'attention, de mémorisation,
de concentration et de réflexion, et
acquièrent ainsi les habiletés mentales qui
leur seront indispensables au CP lorsqu'ils aborderont la "
vraie " lecture. La première " vague "
d'enfants qui a bénéficié de cette
démarche a terminé le CP en juin 2002, et
il est particulièrement remarquable de noter que
les cas d'échec en lecture sont devenus pratiquement
inexistants, indépendamment de l'origine
socio-culturelle des élèves. C'est incontestablement
grâce à ces pionnières - et sans doute
de nombreuses autres, qui ont oeuvré dans l'ombre -
que les idées ont progressé dans le domaine de
la " prévention de l'illettrisme ". On peut d'ailleurs
observer qu'il s'agit dans tous les cas de praticiennes de
terrain, lesquelles ont expérimenté et mis
en pratique les résultats de leurs recherches et de
leurs constatations, et non de théoriciens fumeux,
"chercheurs en laboratoire" simplement capables
d'énoncer péremptoirement "leur
vérité", pourtant constamment infirmée
par la réalité. Alors, puisque ses
initiateurs ont déclaré vouloir associer
à ce grand débat sur l'école les "
acteurs de terrain " il paraît souhaitable de faire
participer ces praticiennes aux études actuelles et
futures sur la prévention de l'illettrisme et
l'apprentissage de la lecture ? Il est en effet regrettable
que leurs travaux et leurs recherches soient aussi
méconnus en France, voire méprisés ou
combattus. Il est non moins vrai que
les recherches sur les apprentissages précoces sont
soit totalement ignorées, soit en butte à
l'incrédulité ou même, quelquefois,
à une ironie féroce. Car force est de constater,
hélas, que le scepticisme à l'égard de
cette théorie perdure. Tout récemment
encore, tel éminent linguistique - qui s'est fait une
spécialité de l'étude de l'illettrisme
- n'a-t-il pas, dans une intervention publique à la
Sorbonne le 2 février 2003, affirmé " qu'il
était opposé à tout apprentissage
"global" de la lecture en Maternelle " ? Comment s'étonner
alors que "
les chiffres de l'illettrisme ne sont
pas bons et, surtout, stagnent ou empirent depuis plus de
dix ans " [14] 1.3.3 - D'autres
recherches, tout aussi concluantes, ont été
menées dans d'autres pays, car le problème de
l'illettrisme n'est pas exclusivement
français. . C'est ainsi qu'il y a une
trentaine d'années en Californie la Docteur
Dolorès Durkin a suivi, tout au long de leur
cursus primaire (qui correspond à notre école
élémentaire) un panel de 5103 enfants, dont 49
d'entre eux avaient appris à lire dès leur
petite enfance avec l'aide de leurs parents. Elle a pu
constater que ces derniers enfants sont, sans
exception, demeurés en tête de leur classe,
et aucun d'entre eux n'a jamais été
rattrapé par ceux qui n'avaient débuté
leur apprentissage qu'à l'école primaire
[15]. . En Suède, sous
l'impulsion de Mme la Professeure Ragnhild
Söderbergh, " l'apprentissage naturel du langage
écrit dès la petite enfance " est
appliqué depuis quelques années dans de
nombreuses structures " pré-scolaires "
(crèches, garderies, pour enfants de 1 à 6
ans). Là aussi, des
résultats très positifs ont été
constatés, sans exception. Il est de plus
intéressant de noter que, nonobstant le fait que
l'instruction n'est obligatoire dans ce pays qu'à
partir de l'âge de 7 ans, la Suède est
classée parmi les 12 pays "dont les résultats
moyens se situent significativement au-dessus de la moyenne
de l'OCDE " [ Programme PISA 2000 ]. Ceci
n'expliquerait-il pas cela ? Madame Ragnhild
Söderbergh est par ailleurs présidente de
l'I.A.L.F.I. (International Association for Literacy From
Infancy) qui rassemble des chercheurs et des praticiens
(linguistes, psychologues, pédagogues,
) de
divers pays, qui explorent, développent, et
appliquent le concept de l'apprentissage de la lecture et de
l'écriture (littératie) comme moyen
d'acquisition du langage [16]. 1.4 - LES ASPECTS
NEURO-SCIENTIFIQUES DE L'APPRENTISSAGE DE LA
LECTURE Les spécialistes qui
traitent des conditions d'apprentissage de la lecture n'ont,
pour la plupart, abordé jusqu'à maintenant ce
domaine que sous l'angle de la " psychologie de l'enfant
". Or on sait, depuis
longtemps, notamment grâce aux travaux de certains
chercheurs en neuro-physiologie, comme le Docteur Paul
CHAUCHARD, ou Sir John ECCLES (Prix Nobel de
Médecine) [17] que la période optimale
pour les apprentissages fondamentaux comme la parole, la
marche, la lecture, le calcul, la musique
- toutes
potentialités spécifiques à
l'être humain - va de la naissance à 6/7 ans
environ. C'est en effet dans cette "
période sensible " de la petite enfance que se
structure le néo-cortex cérébral par
stabilisation progressive des synapses. Et de multiples
expériences ont largement démontré que
passé cette échéance certains de ces
apprentissages - bien que toujours possibles - deviennent de
plus en plus difficiles. Ces travaux, et les
thèses concomitantes, viennent d'ailleurs
d'être confortés récemment par diverses
publications. On peut citer notamment
: - un exposé de Mme
Ragnhild Söderbergh : "Reading and writing as
language acquisition from the first year of life" - un exposé soumis
par M. André Michaud au " XIIe Symposium
international sur la révision des sciences naturelles
" qui s'est tenu à Moscou en avril 2001,
intitulé " Les fondements neurolinguistiques de
l'intelligence - Nécessité de l'apprentissage
précoce de la lecture " [19] ; - enfin, le projet
mené à bien depuis 1999 par le " Centre pour
la recherche et l'innovation dans l'enseignement " (CERI) de
l'OCDE : " Comprendre le cerveau. Vers une nouvelle
science de l'apprentissage " [20]. A noter que certaines de
ces découvertes, facilitées par les nouvelles
méthodes d'investigation
intra-cérébrale, ne sont en fait que des "
re-découvertes " qui ne font que confirmer des
recherches scientifiques plus anciennes tombées,
hélas, dans l'oubli. 1.5 - UNE CHANCE POUR
TOUS ? Toutes les recherches
scientifiques, récentes ou plus anciennes,
entreprises sur le développement et le fonctionnement
du cerveau humain, aboutissent à la même
conclusion : la période optimale pour certains
apprentissages fondamentaux (et la lecture en fait partie,
tout comme la parole, la marche et, sans doute à un
moindre degré, l'écriture et le calcul) se
situe entre la naissance et 6/7 ans (environ). C'est incontestablement
pendant ces quelques années cruciales que se mettent
en place les habiletés mentales spécifiques
à l'être humain. Toutes les stimulations
verbales concourent alors à la stabilisation des
synapses, participant ainsi à la structuration
optimale du néo-cortex cérébral.
Plus l'enfant
bénéficie de ces stimulations et plus se
développe en lui le "processus de
compréhension" que l'on appelle plus
communément intelligence. Aussi, puisque dans la
plupart des pays dits "civilisés" les multiples
réformes mises en place jusqu'à maintenant
pour lutter contre l'illettrisme n'ont pas eu les
résultats escomptés pourquoi ne pas explorer
enfin cette voie d'une plus grande précocité
dans l'apprentissage de la lecture ? Pourquoi rejeter a priori ce
qui pourrait être l'une des solutions pour permettre
au plus grand nombre - et surtout bien entendu aux enfants
qui n'ont pas la chance de naître dans un milieu
intellectuellement favorisé - d'accéder au
savoir et à la culture ? Si l'on veut
réellement prévenir l'illettrisme
(prévenir pour ne pas avoir, plus tard, à
tenter péniblement de corriger ce véritable
handicap) et lutter (enfin) efficacement contre
l'échec scolaire, il faut véritablement
innover et débuter systématiquement
l'apprentissage naturel de la lecture dès la Petite
Section des Écoles Maternelles ! La France a la chance de
posséder des écoles maternelles que nombre de
pays lui envient. Elles sont véritablement les "
écoles des premiers savoirs ". Il serait donc dommage
de pas utiliser pleinement ces structures ! C'est donc dès le
cycle 1 que doit être entrepris l'apprentissage "
naturel "de la lecture, bien entendu sous une forme ludique
- maintenant parfaitement connue et maîtrisée -
car il n'est pas question " d'apprendre à lire "
à 2 ans comme on apprend à 6 ans. Cette réforme
serait d'autant plus facile à mettre en uvre
que les mesures à prendre ne nécessiteraient
aucun moyen supplémentaire. La seule condition serait
de modifier les mentalités, tordre enfin le cou aux
idées reçues, et combattre le scepticisme
ambiant à l'égard des " apprentissages
précoces ". Pour les enfants de milieux
intellectuellement défavorisés les
écoles maternelles peuvent (et doivent) assurer le
relais des parents. C'est ainsi que l'on pourra
réellement réduire l'inégalité
des chances (puisque l'égalité des chances
reste du domaine de l'utopie !). L'acquisition du langage
oral, bien qu'importante, ne suffit pas. Un véritable
accès à l'écrit est également
nécessaire (et possible) bien avant la Grande Section
d'école maternelle. La détresse de
milliers d'enfants, dont la plupart sont issus de milieux
défavorisés, ne mérite-t-elle pas que
l'on y réfléchisse enfin sérieusement
? 2 - AMÉLIORER LA
FORMATION DES MAÎTRES La disparition des Ecoles
Normales et leur remplacement par les I.U.F.M. avaient pour
but - parfaitement louable d'ailleurs - de donner à
tous les futurs enseignants une formation universitaire de
haut niveau. Cette décision a eu
toutefois un effet secondaire regrettable : couler tous les
futurs professeurs dans le même moule. Or, qu'y a-t-il de commun
entre les connaissances nécessaires à un
professeur de lycée et la formation professionnelle
indispensable à un (une) " professeur des
écoles " qui se destine à une école
maternelle (ou, éventuellement,
élémentaire). Il est incontestable que
cette dernière catégorie d'enseignants devrait
recevoir un enseignement spécifique, puisqu'il
faut Et puisqu'il est question
ici de " prévention de l'illettrisme " par le
développement d'un apprentissage naturel plus
précoce de la lecture il paraît
extrêmement souhaitable que cette formation concerne
en particulier les recherches relatives aux " sciences
cognitives " et leur relation avec les " sciences de
l'apprentissage " puisque " les neuroscientifiques et les
éducateurs ont tout intérêt à
dialoguer, à chercher à se construire un
langage commun, et à examiner et à critiquer
mutuellement leurs hypothèses et leurs
postulats
" [22]. Ce qui, indubitablement,
n'est pas le cas actuellement. CONCLUSION Le grand débat sur
l'école qui s'ouvre (enfin) est d'une importance
capitale pour l'amélioration de notre système
éducatif et la promotion de la réussite du
plus grand nombre. L'enjeu est immense et
implique la mobilisation de toutes les énergies, sans
exception. Nous espérons donc
que la présente contribution aidera à
approfondir la réflexion collective, sans
préjugés, sans tabou, afin de parvenir,
ensemble, à un résultat positif. - - - - - - - - - - - - - -
- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -
- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -
- - - - - - - - - - - - - - - - - [1] "Lettre à
tous ceux qui aiment l'école", (p.28) [2] "Comprendre le
cerveau - Vers une nouvelle science de l'apprentissage",
OCDE, 2002, (p.21) [3] "Lettre à
tous ceux qui aiment l'école", (p.23) [4] "La
réussite à l'école", Rapport du Recteur
Michel Migeon, CNDP, 1989, (p.37) [5] "Communication
et découverte de l'écrit à
l'école maternelle", Observatoire national de la
lecture, 1997, (p.11) [6] Dernier exemple
en date, et parfaite illustration, la
conférence-débat qui a eu lieu le 23 mai 2003
dans le cadre des rencontres de la DESCO, au cours de
laquelle un seul des participants (M.Alejandro Tiana - p.14)
a brièvement évoqué
l'intérêt de la [7] "Le cerveau et
la conscience", Seuil, 1960 [8] "Apprendre
à lire avant de savoir parler", Ragnhild
Söderbergh et Rachel Cohen, Albin Michel, 1999
[9] "L'apprentissage
précoce de la lecture", PUF, 1977 et "Plaidoyer pour
les apprentissages précoces", PUF, 1982 [10] En dernier lieu
: "Un enseignement/apprentissage moderne de la lecture",
Editions SRP, 2002 [11] "Le bonheur
d'apprendre à lire", Nathan, 2002 [12] "Apprendre
à lire en maternelle", Hélène Gilabert,
ESF Editeur, 2001, (p.12) [13] Site Internet :
http://membres.lycos.fr/lbdl77
[14] "Lettre
à tous ceux qui aiment l'école",
(p.28) [15] Cité par
le Dr Fitzhugh Dodson, "Tout se joue avant 6 ans", Robert
Laffont, 1972 (p.320) [16] Site Internet
de l'I.A.L.F.I. : http://ialfi34.free.fr
[17]
"Évolution du cerveau et création de la
conscience", Flammarion,1994 [18] Consultable sur
le site Internet : http://www.ncbe.gwu.edu/ncbepubs/symposia/reading/reading3.html
[19] Publié
par les Editions SRP (Québec) - Site Internet :
http://pages.globetrotter.net/srp
[20] Consultable sur
le site Internet : http://www1.oecd.org/publications/e-book/9102022E.PDF
[21] "Lettre
à tous ceux qui aiment l'école"
(p.110) [22] "Comprendre le
cerveau - Pour une nouvelle science de l'apprentissage",
OCDE, (p.32)
4, Chemin de Tabarka
34340 MARSEILLAN (France)
N.B.
: Depuis la rédaction de la présente
contribution M. le Ministre Luc Ferry a constaté
que la création de classes de CP à faible
effectif n'enregistre pas les résultats
espérés. Ceci nous confirme que là
n'est pas la solution.
De plus un collège d'experts établissant tout
récemment un "Etat des lieux du système
scolaire avant le grand débat national" (Journal Le
Monde du 10.10.2003) considère que : "Le noyau dur
des élèves et des jeunes en difficulté
se constitue très tôt et le redoublement du CP
ou du CE1 est une mesure qui se révèle
insuffisante pour permettre de surmonter leurs
difficultés".
Le Recteur Migeon n'a pas dit autre chose en.....1989 !
[4]
6 ans" (sic). D'autres, pourtant éminents
universitaires, osent écrire : "surtout pas
d'anticipation excessive" (resic)
[5]
"la capacité intellectuelle d'un jeune individu
est immense, et les premières années de la
vie, qui vont de la naissance à 6 ans environ, sont
cruciales pour l'acquisition des habiletés mentales,
et en particulier des habiletés cognitives
nécessaires à tout
apprentissage".
"guérir" lorsque les difficultés sont
installées?
1.3.2 - Mettant en application les idées de
Françoise BOULANGER sur la " démarche
d'apprentissage ", une autre expérience originale est
menée depuis janvier 1998 à l'école
maternelle de CHESSY (Seine-et-Marne) [13].
Il est vrai qu'ils bousculent nombre d'idées
reçues et qu'ils remettent en cause quelques
affirmations de " spécialistes " !
(Lecture et écriture comme acquisition du langage
dès la première année de vie)
[Actes du Symposium OBEMLA, Washington DC, mars
2000] [18]
"Centrer la formation des maîtres sur les
connaissances qu'ils auront à enseigner"
[21]
"lecture précoce", d'ailleurs à l'initiative
des seuls parents.